Un fonds d'infrastructures... ou de réélection?

Les organismes n'ont que cinq semaines pour soumettre leurs projets au fonds du 150e anniversaire du Canada annoncé par les conservateurs

Le Devoir | Marie Vastel

Le fonds d'infrastructures mis de côté par les conservateurs pour le 150e anniversaire du Canada n'est rien de moins qu'un fonds pour sa réélection, accuse l'opposition. Car les organismes qui souhaitent profiter de la cagnotte ont moins d'un mois pour soumissionner, ce qui veut dire que les gagnants seront connus juste à temps pour la campagne électorale cet automne.

Stephen Harper a annoncé vendredi dernier le programme Canada 150 : 150 millions de dollars distribués au pays pour rénover ou agrandir des installations communautaires et culturelles. Des centres régionaux, des légions royales, des musées, des parcs ou sentiers, des centres touristiques ou des cénotaphes. Au total, jusqu'à 1800 projets seront financés. Et tous ces projets seront terminés à temps pour l'anniversaire de la Confédération, en 2017.

Or, pour ce faire, les chantiers doivent se mettre en branle rapidement et les projets doivent être soumis d'ici la fin juin. "Les délais sont très courts", a déploré la néodémocrate Marjolaine Boutin-Sweet. "Et les réponses vont arriver juste avant les élections. Quelle surprise !"

Au Québec, les demandes de projets devront être acheminées d'ici le 26 juin. Ceux qui souhaitent avoir droit aux 31,2 millions budgétés pour la province ont donc cinq semaines pour en faire la demande.

"C'est rien !", a réagi Mme Boutin-Sweet. Car d'ici là, les groupes intéressés doivent monter un projet, remplir le dossier, s'assurer de répondre à tous les critères, et bien souvent les groupes communautaires comptent surtout sur des bénévoles qui manquent de temps.

Au bureau du ministre fédéral de l'Infrastructure et des Affaires intergouvernementales, Denis Lebel, on rétorque que "2017 arrive rapidement. [...] On doit avoir les demandes tout de suite", a expliqué la porte-parole Michele-Jamali Paquette.

Les municipalités québécoises exclues

Contrairement à ailleurs au pays, au Québec seuls les organismes sans but lucratif pourront faire une demande de financement. Les municipalités sont exclues. "La loi au Québec fait en sorte que le gouvernement fédéral ne peut pas conclure d'ententes directement avec les municipalités québécoises", a expliqué Mme Paquette. Pourquoi ne pas conclure une entente spéciale avec la province ? Là encore, manque de temps d'ici 2017. Les municipalités pourraient cependant toucher des fonds si un OSBL louant leurs locaux fait une demande de financement, a précisé Mme Paquette.

Le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Jean-Marc Fournier, n'a pas voulu commenter mercredi.

Pourtant, dans les autres provinces, les gouvernements locaux ou régionaux sont invités à présenter eux aussi une demande de financement à l'agence fédérale de développement économique de leur région, d'ici la mi-juin.

Nonobstant, l'agence responsable du Québec ne sera pas en reste, selon la députée Boutin-Sweet. Car dans sa seule circonscription d'Hochelaga, au moins six groupes communautaires ont besoin de ces fonds. Des légions situées dans de vieilles maisons sans rampe pour fauteuils roulants pour leur clientèle âgée, ou dans une demeure où le toit a coulé. Le Pavillon d'éducation communautaire d'Hochelaga -- qui offre des cours de poterie, de danse, de musique, des activités aux enfants du quartier -- est quant à lui dans une ancienne école sans ascenseur.

"Un total de 150 millions d'un bout à l'autre du Canada, sur deux ans, c'est des peanuts. C'est loin d'être assez", a déploré la néodémocrate.

Ce n'est pas la première fois que les conservateurs sont accusés de distribuer des millions en infrastructures en vue d'une élection. Ministre de l'Industrie à l'époque, Tony Clement avait profité de 39 millions versés dans sa circonscription en marge du sommet du G8. Les conservateurs y avaient relevé des trottoirs, rénové un parc, construit un kiosque à 270 000 $... à 80 kilomètres de Huntsville où se déroulait la rencontre internationale.

Source : http://www.ledevoir.com/politique/canada/440598/un-fonds-d-infrastructures-ou-de-reelection