Uber n'est pas très populaire auprès des députés fédéraux du Québec

Le Huffington post Québec | Catherine Lévesque

OTTAWA – Uber ne trouvera pas beaucoup de clients à la Chambre des communes. Tous les députés québécois interrogés par le Huffington Post Québec ont indiqué ne pas avoir recours au controversé service qui a fait l’objet d’une commission parlementaire à Québec.

« Je ne l’ai jamais utilisé, indique Pablo Rodriguez, député d’Honoré-Mercier. J’ai personnellement un énorme respect pour les chauffeurs de taxi de Montréal et leurs sacrifices à tout point de vue, ne serait-ce que pour payer les frais requis, l’entretien de la voiture, etc. »

Idem pour son collègue libéral Anthony Housefather, ex-maire de Côte-Saint-Luc avant son élection dans Mont-Royal. Il dit respecter et comprendre les chauffeurs de taxi, qui doivent payer leur permis afin de pratiquer leur métier dans la légalité.

"Non, jamais. Jamais, jamais, jamais." - Marjolaine Boutin-Sweet, NPD

Du côté du Nouveau Parti démocratique, les députées interrogées sont catégoriques. Il n’est pas question d’utiliser un service non règlementé qui pratique l’évasion fiscale, selon certains observateurs.

« Non, jamais. Ils ne sont pas syndiqués, ils n’ont pas la même protection que les autres chauffeurs de taxi, donc non. Jamais, jamais, jamais », a insisté Marjolaine Boutin-Sweet, députée de Hochelaga.

Hélène Laverdière fait valoir qu’elle ne possède pas de voiture, comme la plupart de ses concitoyens dans Laurier-Sainte-Marie. Malgré tout, elle privilégie les transports en commun, le vélo et la marche à pied. Lorsqu’elle doit prendre le taxi, elle préfère se fier à des taxis « qui répondent aux normes et qui paient leurs impôts ».

À son avis, le Canada doit se pencher sur ces nouvelles formes de commerce qui permettent l’évitement fiscal. « C’est un des grands enjeux, avec les changements climatiques, de notre société actuelle. Si on veut des gouvernements qui peuvent fonctionner, il faut faire face à cette énorme question-là. Il en va un petit peu de notre démocratie », poursuit Hélène Laverdière.

Marc Miller, député libéral de Ville-Marie-Le-Sud-Ouest-Île-des-Sœurs, reconnaît que certaines personnes apprécient Uber, mais dit ne l’avoir jamais utilisé. Il pense qu’il faut mettre en place un système qui peut protéger tout le monde.

"C’est clair qu’il y a des chauffeurs de taxi qui ont une réaction assez toxique, et pour cause." - Marc Miller, PLC

« C’est clair qu’il y a des chauffeurs de taxi qui ont une réaction assez toxique, et pour cause, dit-il. Uber a aussi des revendications qui sont moyennement légitimes. Il faut regarder le tout. Nous, on se fie aux provinces, on se fie à ce que font les municipalités et on attend les résultats. »

Gabriel Ste-Marie, député de Joliette pour le Bloc québécois, explique que sa position sur Uber fait écho à celle défendue par le Parti québécois à Québec.

« Il y a une iniquité entre les chauffeurs de taxi qui doivent payer leur licence versus les chauffeurs d’UberX qui n’ont pas à faire ça. Donc, il faut arrimer les règlements », a commenté le député.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s’est fait avare de commentaires au sujet d’Uber, disant qu’il s’agit d’un sujet qui relève du provincial et du municipal. Questionné à propos de son utilisation personnelle, il répond qu'il fait toujours appel à un taxi traditionnel au besoin.

Et à l’extérieur de Montréal?

Bon nombre de députés voyagent avec leur voiture, longues distances obligent. Mais cela n’empêche pas certains conservateurs de se faire une idée sur l’application, même si elle ne dessert pas toujours leur région.

"Je ne suis pas client d’Uber. Pas parce que je suis contre." - Pierre Paul-Hus, PCC

Le député de Beauce Maxime Bernier, qui s’autoproclame défenseur des libertés individuelles, a récemment retweeté une pétition pour qu’Uber reste au Québec.

« Je ne suis pas client d’Uber. Pas parce que je suis contre, simplement parce que je n’ai pas encore essayé. Je n’ai pas encore pris le temps de le regarder », a commenté Pierre Paul-Hus, député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles.

Son collègue Steven Blaney, a simplement répondu par courriel qu’Uber ne dessert pas Lévis. À noter que son ancien directeur des communications, Jean-Christophe de Le Rue, est maintenant porte-parole d’Uber Canada.

Un dossier à suivre... à l'Assemblée nationale

La commission parlementaire sur Uber a pris fin jeudi à Québec. Le ministre provincial des Transports, Jacques Daoust, veut déposer un projet de loi d’ici la fin du mois de mars pour réformer l’industrie du transport de personnes.

Pour l’instant, le gouvernement Couillard songe à racheter les permis de taxi pour les revendre ou les louer à Uber à coût nul. La valeur totale des permis est estimée entre 1,3 et 1,7 milliards de dollars.

Or, le porte-parole de l’industrie du taxi, Guy Chevrette, pense que la solution du gouvernement va prendre trop de temps. L’ancien ministre des Transports presse Québec d’imposer une loi spéciale afin de suspendre les permis des conducteurs illégaux d’UberX.

 

Source : http://quebec.huffingtonpost.ca/2016/03/11/uber-deputes-federaux-ottawa_n_9442316.html