SERVICES D’INJECTION SUPERVISÉE: UN PAS DE GÉANT VERS UNE SOCIÉTÉ MIEUX PROTÉGÉE

Par Marjolaine Boutin-Sweet, députée du NPD de la
circonscription d’Hochelaga

Difficile de ne pas être interpellée par la récente sortie de la Direction de la santé publique de Montréal en faveur de l’implantation de quatre services d’injection supervisée (SIS) dans la métropole.

À l’instar de plusieurs de mes concitoyens de Hochelaga-Maisonneuve, la toxicomanie et ses retombées négatives sont des enjeux qui me préoccupent grandement. C’est ainsi qu’après m’être longuement renseignée sur la question,
la mise sur pied de SIS à Montréal m’apparaît comme un pas de géant dans la longue marche vers l’égalité sociale à laquelle aspire notre pays.

L’état de santé des utilisateurs de drogues par injection est en effet alarmant. À Montréal, 68% d’entre-eux sont infectés par l’hépatite C et 18% sont porteurs du VIH, deux maladies extrêmement graves qui mettent leur vie en danger et qui représentent un coût social énorme, ne serait-ce qu’en terme de soins de santé. Chaque année, si les services spécialisés en toxicomanie réussissent à éviter ne serait-ce qu’une seule infection d’hépatite C ou de VIH, ils rentabilisent automatiquement le budget qui leur ai consacré annuellement. Autre triste réalité: entre 2006 et 2009, 72 utilisateurs de drogues injectables sont morts en moyenne, par année, d'une intoxication dans notre ville.

Je crois qu’il s’agit d’un devoir moral pour notre société que d’enrayer ce fléau. Et à la lumière de ce qu’a découvert la science, les SIS m’apparaissent comme un moyen incontournable pour s’attaquer au problème.

Ce constat n’est pas qu’une opinion: les arguments scientifiquement prouvés en faveur des sites d’injection supervisée sont en effet nombreux et très bien documentés. Prenons les exemples de Barcelone, Sydney et Vancouver, où de tels sites existent depuis quelques années. La liste de leurs avantages est impressionnante: diminution des méfaits, réduction drastique du nombre de personnes intoxiquées déambulant dans les rues, stabilisation du nombre de consommateurs... Dans ces 3 cas, ce sont les services policiers et les citoyens eux-mêmes qui ont exigé l’ouverture de tel service. Il faut être aveuglé par une idéologie un brin rétrograde pour ne pas voir que les SIS sont un service de santé efficace et abordable.

Parmi ces opposants aveugles, on trouve sans surprise les conservateurs de Stephen Harper, qui ont bêtement tenté d’empêcher le centre InSite de poursuivre ses activités à Vancouver. Il a fallu que la Cour suprême leur ordonne à l’unanimité d’ôter leurs œillères idéologiques pour qu’ils acceptent, à regret, d’aider cette frange vulnérable de la société.

Par son jugement, la Cour suprême reconnait que la toxicomanie est une maladie. Les toxicomanes sont des citoyens à part entière qui ont droit, comme tout le monde, à la santé. Notre rôle, en tant que société, n’est pas de faire la morale aux gens, mais plutôt d’avoir de la compassion et de les accompagner afin de leur offrir les meilleures options possibles.

Bien sûr, l’implantation de SIS à Montréal doit se faire dans l’ordre. Je comprends ainsi les préoccupations des citoyens qui se questionnent à propos de l’impact des sites d’injection sur leur milieu de vie.

Il faut toutefois savoir que selon le modèle proposé pour Montréal, les quatre SIS (trois unités fixes et une mobile) seront répartis entre plusieurs sites et ouvriront de manière simultanée, empêchant ainsi un effet de concentration de leur clientèle. Des équipes multidisciplinaires dotées de personnel infirmier spécialisé seront aussi intégrées au projet afin d’assurer un suivi médical adéquat.

J’estime donc que, dans le dossier des SIS, l’époque du bigotisme conservateur est révolue. Il est plus que temps que notre pays adopte la voie de l’humanisme envers les utilisateurs de drogues injectables et qu’il leur accorde enfin les soins de santé auxquels ils ont droit. Si nous allons de l’avant avec ce projet, nous en sortirons tous gagnants.