La narco-prostitution : un enjeu, des solutions

Depuis les années 1980, la prostitution est devenue un enjeu majeur à Montréal, particulièrement dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. On estime qu’environ une centaine de femmes pratiquent la prostitution dans le quartier, essentiellement dans le secteur de la rue Sainte-Catherine Est. Souvent corollaire de la pauvreté vécue dans le secteur, au même titre que la toxicomanie, la prostitution est lourde de conséquences pour la communauté. Elle est non seulement source d’insécurité pour plusieurs femmes qui la pratiquent, mais aussi source d’irritants pour les résident-e-s du secteur.

Quels moyens peuvent être mis en place pour venir en aide aux femmes qui pratiquent la prostitution et qui souhaitent en sortir ? Comment atténuer les irritants causés par la prostitution de rue? Peut-on parvenir à faire cohabiter prostitution et vie de quartier, en garantissant la sécurité et la quiétude des citoyen-ne-s? Face à des questions aussi complexes, il est de la responsabilité de l’ensemble de la communauté de tenter d’y répondre en mettant en place des actions concertées.

Prostitution et toxicomanie : deux faces d’une même réalité

Dans Hochelaga, la pratique de la prostitution de rue est intimement liée à la vente et à la consommation de drogues. C’est ce qu’on appelle la « narco-prostitution ». Environ 90 % des femmes pratiquant la prostitution dans le secteur sont aux prises avec des problèmes de toxicomanie et financent leur consommation par le commerce de leur corps. Pour ces femmes, le vendeur de drogue et le proxénète se confondent souvent en une seule et même personne, tout comme les lieux qu’elles utilisent pour recevoir des clients, acheter et consommer de la drogue sont généralement les mêmes. La difficulté d’aider ces femmes à se sortir de la prostitution se double donc de celle de les aider à se sortir de la toxicomanie.

Bien que ce type de prostitution soit le plus répandu, un autre phénomène est en forte croissance : celui de la « prostitution occasionnelle » ou « de fin de mois ». Liée à la précarité économique de certaines femmes, la prostitution devient alors pour elles un moyen d’« arrondir » leurs fins de mois, faute de revenus suffisants. Qu’elle soit motivée par la toxicomanie ou par l’insuffisance des revenus, la prostitution dans Hochelaga reste donc, dans bien des cas, un signe de la vulnérabilité et de l’isolement social des femmes qui la pratiquent.

Au Canada, la prostitution n’est pas illégale. Ce sont plutôt les activités reliées à la sollicitation, au proxénétisme, aux maisons de débauche et au transport de personnes vers une maison de débauche qui rendent cette activité illégale. Ce n’est donc pas l’acte sexuel entre adultes consentants en échange d’une rémunération qui est illégal, mais bien les activités entourant la prostitution. Le projet de loi C-36, initié par les conservateurs en 2014, avait pour but de resserrer l’étau autour des clients. Or, cette loi continue de criminaliser les personnes pratiquant la prostitution et les met encore plus en danger.

Des ressources diversifiées dans Hochelaga

De nombreuses ressources sont à la disposition de la population dans Hochelaga-Maisonneuve afin de répondre aux problèmes suscités par la prostitution. Des organismes comme Dopamine et L’Anonyme, qui ont pignon sur rue dans le quartier, travaillent ainsi auprès des personnes consommatrices de psychotropes afin de les soutenir et de les accompagner au quotidien. D’autres organismes comme Stella ou la Coalition des Luttes contre l’Exploitation Sexuelle (CLES) œuvrent afin d’améliorer les conditions de vie des femmes pratiquant la prostitution, mais aussi, dans le cas de la CLES, afin de les aider dans leur processus de sortie de la prostitution.

Au CAP Saint-Barnabé, un organisme incontournable dans la vie communautaire du quartier, on propose à ces femmes un lieu, le Répit, où elles peuvent venir se reposer, se laver et se nourrir pendant la journée. Nous avons également travaillé avec l’organisme de façon à ce que l’hiver prochain, le Refuge de nuit puisse rouvrir afin d’offrir ces services 24h sur 24h aux femmes dans le besoin.

D’autres initiatives concentrent plutôt leurs efforts sur la cohabitation entre les résident-e-s, les commerçant-e-s et les femmes pratiquant la prostitution, qui sont souvent elles aussi résident-e-s d’Hochelaga. C’est le cas de « HM pour tous », un projet-pilote qui s’inspire de l’initiative « Living in community », développée à Vancouver en 2005. Ce projet citoyen a été l’occasion de poser l’épineuse question de la protection des femmes prostituées, mais aussi d’appeler à une meilleure cohabitation entre les résident-e-s du secteur et les personnes vulnérables comme la plupart des femmes pratiquant la prostitution ou les toxicomanes.

L’installation d’un site d’injection supervisé (SIS) dans le quartier, enfin, figure parmi les initiatives prioritaires de notre plan d’action. L’implantation d’un tel dispositif permettrait non seulement de répondre aux enjeux de santé publique soulevés par la consommation de drogues par injection, mais aussi de venir en aide aux personnes toxicomanes en mettant à leur disposition des ressources humaines et matérielles essentielles à leur sécurité. Il faut donc continuer de se mobiliser afin qu’un tel site voit le jour dans Hochelaga.

Si le phénomène de la narco-prostitution est plus marqué dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve qu'ailleurs à Montréal, les moyens mobilisés pour y répondre sont également plus développés et adaptés à son ampleur. La force du quartier est d’avoir su réagir très tôt aux préoccupations exprimées par la population locale, en mettant en place des ressources de soutien, de solidarité, de développement et de réinsertion sociale des personnes marginalisées. Ces nombreuses ressources font d'Hochelaga-Maisonneuve le quartier le plus riche en ressources communautaires au Québec.

En terminant, notons que la prostitution est un enjeu complexe auquel il n’y a pas de réponse simple : les solutions, multiples et variées, sont nécessairement complémentaires les unes aux autres. C’est donc grâce à des efforts concertés entre intervenant-e-s, élu-e-s et citoyen-ne-s du quartier que des gestes concrets peuvent être posés pour améliorer la sécurité et la qualité de vie de tous et toutes.

 

Quelques liens utiles :

// Chez Doris

// Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)

// Dopamine

// L’Anonyme

// Narcotiques Anonymes

// Stella