L'économie menacée par les compressions

Le Droit, Actualités, page 3, publié le 22 février 2012

Paul Gaboury

L'intention du gouvernement de Stephen Harper de couper plus de 8 milliards$ ans les dépenses fédérales entraînerait une réduction du produit intérieur brut (PIB) du pays et risquerait de plonger l'économie canadienne en récession, avec la perte de plus de 116000 emplois dans les secteurs public et privé.

Voilà les conclusions d'une analyse réalisée par l'Association canadienne des employés professionnels (ACEP), un syndicat représentant quelque 13000 économistes et employés en sciences sociales et traducteurs du gouvernement fédéral.

Effectuée par des économistes à l'aide des données générées par un modèle utilisé par le gouvernement canadien, l'analyse de l'ACEP - dont LeDroit a obtenu copie - révèle que le PIB du Canada sera amputé d'un montant de 10,17 milliards$ si le gouvernement fédéral réduit ses dépenses de 8 milliards$.

Les impacts se feront sentir dans toutes les provinces canadiennes, alors que le PIB du Québec baisserait de 2,1 milliards$ et celui de l'Ontario de 4,5 milliards$. En plus du secteur de l'administration, ceux des finances, des assurances, des services immobiliers et des services de location seraient les plus touchés, de même que ceux de la fabrication, des services professionnels, scientifiques et techniques.

Les provinces de l'Atlantique et la Colombie-Britannique souffriraient chacune d'un recul de 1 milliard$ de leur PIB, alors que la baisse du PIB combiné de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba atteindrait 1,4 milliard$.

Pour réaliser son analyse, l'ACEP explique avoir utilisé un modèle de Statistique Canada qui mesure l'impact détaillé d'un choc économique sur la production et l'emploi, selon la province ou à l'échelle nationale. Ce modèle fonctionne en ajoutant ou en soustrayant d'un secteur ou d'une industrie une valeur donnée, pour observer ensuite les effets sur le reste de l'économie.

L'ACEP a utilisé des données du modèle de l'année 2007, qui présentent, selon les auteurs, une image fiable de la période envisagée par le gouvernement Harper pour réduire le budget de la fonction publique fédérale.

Une fatalité?

"Compte tenu des chiffres que nous dévoilons, nous ne pouvons qu'en arriver à deux conclusions", dit le président de l'ACEP, Claude Poirier. "Ou le gouvernement connaît l'impact de son programme de réduction des dépenses et est prêt à risquer de plonger le pays en récession. Ou il n'a pas mesuré cet impact et joue les apprentis sorciers avec l'économie canadienne sur des bases idéologiques."

Il ajoute que le gouvernement présente les réductions budgétaires comme une fatalité afin de réduire le déficit, alors que c'est plutôt le résultat de mauvaises décisions budgétaires, comme la construction de prisons, l'achat d'avions militaires et des réductions d'impôt des grandes entreprises.

"On dirait que le gouvernement a choisi les prisons au lieu des gens, les armes au lieu de la compassion et les baisses d'impôt à la grande entreprise au lieu des services aux Canadiens", conclut le président de l'ACEP.