Le prix Droits et libertés accordé à Wapikoni mobile «tombe pile», dit Manon Barbeau

La Presse canadienne, 14 octobre 2011

 

Le studio de cinéma ambulant Wapikoni mobile n'a peut-être pas réussi à convaincre Service Canada de renouveler sa subvention d'un demi-million de dollars, mais il ne cesse de persuader les groupes sociaux de sa grande valeur. 

Le Wapikoni mobile a remporté le prix Droits et libertés 2011, un honneur décerné par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. L'organisme en a fait l'annonce hier par voie de communiqué.

«Disons que ça tombe pile, ça fait du bien, évidemment», s'est exclamée la fondatrice et directrice générale du Wapikoni mobile, Manon Barbeau.

L'organisme, à qui le gouvernement fédéral a récemment coupé les vivres, a pour mission de donner aux jeunes autochtones l'occasion de s'exprimer au moyen de réalisations vidéo et musicales.

«Chaque fois, c'est comme si on nous mettait des piliers géants pour traverser la rivière, a illustré la cinéaste. En ce moment, le soutien s'est manifesté de toutes sortes de façons et la solidarité des gens et des organismes est vraiment magistrale.»

Manon Barbeau a ajouté, en riant, que «ce n'est pas l'argent qui fait rouler [le Wapikoni mobile], mais plutôt le soutien moral».

Dans le communiqué transmis pour annoncer le lauréat du prix, la Commission s'est elle aussi portée à la défense du Wapikoni mobile en signalant qu'elle «regrette [...] que Service Canada ait annoncé qu'il ne renouvellerait pas sa subvention de près d'un demi-million de dollars, ce qui risque de compromettre certaines activités».

Mais après être montée aux barricades, avoir alerté les médias et multiplié les appels à la solidarité, Manon Barbeau ne s'attend plus à ce que Diane Finley, ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences — le ministère dont relève Service Canada —, revienne sur sa décision.

«On lui a beaucoup demandé ça. O.K., elle ne reviendra pas sur sa décision. Mais si elle nous aidait un petit peu, juste en attendant (en débloquant un fonds d'urgence), on trouverait ça formidable», a-t-elle suggéré, tout en déplorant que le point de vue des jeunes autochtones, qui sont après tout les premières personnes touchées par cette situation, ne soit pas assez mis en avant dans les médias.

Lancement international

Leurs voix résonneront sans doute haut et fort aujourd'hui au Coeur des sciences de l'UQAM, à Montréal, alors que leurs courts métrages seront projetés dans le cadre du 40e Festival du nouveau cinéma. Il s'agira d'un premier lancement international pour le Wapikoni mobile, qui accueillera pour l'occasion une délégation de quatre Boliviens.

La fondatrice du Wapikoni mobile espère que ces voix seront entendues par un large public. Elle compte aussi sur la générosité de ceux qui assisteront à la projection d'environ une heure et qui seront invités à faire un don en argent.

Un concert-bénéfice aura également lieu le 29 novembre au Club Soda à Montréal pour amasser des fonds et tenter de remettre le projet sur les rails d'ici l'automne 2012. Samian, Loco Locass et Richard Séguin seront notamment de la partie.

Et quelques jours après, le 8 décembre, Manon Barbeau recevra officiellement le prix Droits et libertés 2011 lors d'une cérémonie qui aura lieu à Montréal.

Le jury du prix Droits et libertés 2011 était composé de Gaétan Cousineau, président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, de François Bugingo, journaliste et ancien président de Reporters sans frontières Canada, et de Monique Rochon, ancienne employée de la Commission.