Réforme de l'assurance-emploi

Nouvelles Hochelaga-Maisonneuve, page 7 | Par Marjolaine Boutin-Sweet

Depuis l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance-emploi, j’ai reçu des centaines de commentaires de résidents d’Hochelaga. Cette réforme inacceptable des conservateurs compromet le bien-être de notre communauté déjà fortement affectée par le chômage et les annonces de fermetures d’usines. Citons l’exemple des centaines d’emplois qui seront perdus en 2014 lors de la fermeture définitive de l’usine Mabe.

Qu’est-ce que la ministre dit aux chômeurs et chômeuses? « Allez vous trouver un emploi à Fort McMurray ou acceptez un travail chez McDonald. » Un mépris plus profond serait difficile à atteindre.

Rappelons qu’Hochelaga a aussi ses chauffeurs d’autobus scolaires, ses enseignants occasionnels, ses travailleurs de la construction, ses éducatrices en services de garde ou ses employés du Jardin botanique, qui travaillent de façon saisonnière et qui seront visés par la réforme, en tant que prestataires fréquents. Les gens qui œuvrent dans l’industrie touristique seront aussi considérés comme tels, avec les conséquences qui s’y rapportent.

En effet, toute personne qui a demandé plus de trois fois des prestations d’assurance-emploi et qui en a touché pendant plus de 60 semaines au cours des cinq dernières années devra accepter un emploi dont le salaire correspond à 80 % de son salaire antérieur. Au bout de 6 semaines de prestations, ce pourcentage baissera à 70 % de son salaire antérieur.

Or, même si la réforme s’attaque plus durement aux prestataires fréquents, tous les travailleurs sont visés. En imposant à tous les chômeurs l’obligation d’accepter un emploi moins bien rémunéré que leur emploi précédent, le gouvernement exerce une pression à la baisse sur les salaires. Et en exigeant des chômeurs qu’ils acceptent un emploi loin de leur domicile, les conservateurs ne cachent pas leur intention de forcer la migration des travailleurs vers les provinces de l’ouest.

Les conservateurs essaient de nous faire croire qu’ils ont créé un nombre incalculable de nouveaux emplois. Mais les faits parlent d’eux-mêmes : il y a aujourd’hui au Canada 300 000 chômeurs de plus que lors de la récession de 2008. Et pour chaque emploi disponible, il y a 5 chômeurs. La situation chez les jeunes est encore pire : 14,1 % des Canadiens et Canadiennes âgés de 15 à 25 ans sont au chômage.

À l’heure actuelle, seulement 4 chômeurs sur 10 reçoivent des prestations d’assurance-emploi. C’est pire que ce qu’ont fait les gouvernements Mulroney, Chrétien et Martin, pourtant champions incontestés du saccage du régime d’assurance-chômage et du vol de la caisse...

De plus, on apprenait récemment que les enquêteurs de Service Canada se voyaient imposer des quotas pour couper des prestations d’assurance-emploi. J’ai questionné la ministre à la Chambre des communes, pour lui rappeler que les fonctionnaires sont là pour venir en aide aux demandeurs et non pour les traquer comme des criminels.

Autre fait inquiétant, c’est l’habitude pour ce gouvernement de refiler la facture aux provinces. En effet, même si l’assurance-emploi est une compétence fédérale, les régimes d’indemnisation de dernier recours, eux, sont sous la responsabilité des provinces. Et qu’arrive-t-il lorsque le gouvernement fédéral restreint l’admissibilité à l’assurance-emploi? Ce sont les provinces qui se retrouvent encore à payer la note!

L’assurance-emploi est une assurance à laquelle les travailleurs et les travailleuses ont droit en cas de perte d’emploi. C’est un filet social auquel les travailleurs et les entreprises ont contribué. L’argent de la caisse n’est pas l’argent du gouvernement!