Budget 2012: projet de loi monstre, prise II

Nouvelles Hochelaga-Maisonneuve, page 5 | Par Marjolaine Boutin-Sweet

Encore une fois, les conservateurs nous servent un projet de loi monstre en guise de budget.

Cette nouvelle loi, C-45, était censée détailler la mise en application du budget présenté le printemps dernier. C’est ce que le ministre des Finances, Jim Flaherty, nous a répété ces dernières semaines. Toutefois, après une lecture attentive, nous nous sommes rendu compte que C-45 modifie plus de 60 lois existantes, souvent dans des domaines qui n’ont rien à voir avec le budget.

Les aberrations sont nombreuses. Par exemple, en dépit de son titre de Loi sur l'emploi et la croissance économique, C-45 ne contient qu’une seule mesure de stimulation d'emploi, soit un crédit temporaire de 1000$ sur les cotisations d'assurance-emploi des petites entreprises. Et encore: ce crédit s'appliquera seulement à l'année fiscale 2012, qui sera presque terminée lorsque C-45 passera au vote! On a déjà vu mieux.

Encore une fois, l'environnement écope avec cette loi monstre. Des dizaines milliers de cours d'eau ne seront plus protégés à la suite de modifications à la Loi sur la protection des eaux navigables. Plus rien n’encadrera les projets de développement qui ont des répercussions sur les cours d'eau canadiens, à l'exception des trois océans, de 97 lacs et de 62 rivières.

La situation n’est pas plus rose du côté de la recherche scientifique et du développement expérimental, un secteur qui perdra 500 millions $ par année à la suite de réductions des taux de crédits d'impôt. Pourtant, le secteur industriel dépend de l'innovation pour sa survie dans une économie mondiale de plus en plus compétitive. L'est de Montréal en sait quelque chose! Les conservateurs l’ont-ils oublié?

Et sur le logement? C-45 ne propose absolument rien. Sur la lutte à la pauvreté? Non plus. Pourtant, on apprenait tout récemment que le taux d'utilisation des banques alimentaires au Canada avait augmenté de 31% depuis la récession de 2008.  Les statistiques sont effrayantes: environ 5% des utilisateurs sont sans-abris, 64% résident dans des logements locatifs au prix courant, 7,7% possèdent une maison et 12% vivent de leur salaire. Ça en dit long sur l’état de notre économie et la compassion du gouvernement actuel... Il est pourtant prouvé qu'un investissement dans le logement social sera bénéfique, et ce, autant sur le plan humain qu’économique.

Plutôt que d'imposer des projets de loi omnibus qui ne font que couper le filet social et détruire l'environnement, tout en limitant, encore une fois, le débat, les députés conservateurs devraient peut-être descendre dans la rue et venir voir comment ça se passe dans la vraie vie. Quant à mes collègues et moi, nous continuerons à leur demander des comptes.