Interventions à la Chambre des communes le 23 juin 2011 dans le cadre du projet de Loi prévoyant la reprise et le maintien des services postaux

Mme Marjolaine Boutin-Sweet (Hochelaga, NPD): Monsieur le Président, comme c'est la première fois que j'ai la chance de le faire, j'aimerais dire merci beaucoup aux électeurs d'Hochelaga et, en ce 24 juin, leur souhaiter une heureuse fête nationale. Ce n'est pas une coïncidence si je porte aujourd'hui un chandail bleu.

Ma circonscription est grande. Elle est variée mais, malgré cela, j'y vois beaucoup une atmosphère de village. D'ailleurs, le nom vient d'un village iroquois, Hochelaga. Je vois beaucoup cette atmosphère d'entraide dans le village. Il y a beaucoup d'imagination. Comme je le disais, c'est varié. Il y a des gens de la classe moyenne, mais il y a aussi énormément de gens qui vivent malheureusement sous le seuil de la pauvreté.

Mon intention ferme est de les écouter, de remédier du mieux que je peux aux situations qu'ils me soumettent et de protéger leurs droits. Quels sont les droits des gens ordinaires? On parle beaucoup des gens ordinaires. Voici quelques exemples: du logement décent, cela va de soi; l'accès à la nourriture saine, encore là c'est la base. En résumé, c'est le droit à une vie décente.

Le gouvernement dit qu'il veut protéger les gens ordinaires — encore ce même terme — en imposant le retour au travail pour les travailleurs de Postes Canada. Il semble exclure les travailleurs des Postes de la catégorie des gens ordinaires.

Le gouvernement accuse aussi l'opposition de vouloir protéger ces travailleurs, les travailleurs de Postes Canada. Ces gens sont en fait nos cousins, nos soeurs, nos voisins. Tout le monde ici connaît des travailleurs de Postes Canada. Ce sont des gens ordinaires. Ils ne sont pas différents du reste de la population, sauf qu'ils ont la chance de ne pas avoir à aller individuellement devant un patron pour lui demander une journée de congé pour accompagner, par exemple, leur enfant lors d'une sortie scolaire. C'est quand même intimidant d'aller voir le patron tout seul pour lui demander des choses.

Pourquoi les travailleurs des Postes ont-ils un avantage? C'est parce qu'ils se sont regroupés et qu'ils ont un organisme qui les représentent, soit leur syndicat. Que font les gros méchants syndicalistes au jour le jour? Nous, les travailleurs, passons 33 p. 100 de notre temps au travail. C'est beaucoup de temps quand on y pense. C'est un tiers de notre journée qui est passé au travail. Le syndicat est là pour s'assurer que le climat dans lequel on passe tout ce temps au travail est vivable.

Que fait-on, en tant que syndicalistes, quand on prépare un renouvellement de convention collective? Premièrement, les membres choisissent d'abord démocratiquement le comité de négociation. Il y a un vote. Il y a donc déjà un choix qui est fait parmi les membres. Ensuite, le comité s'informe, pose des questions aux membres, envoie des questionnaires, toutes sortes de choses de cette nature, pour voir quelle sorte d'améliorations pourraient être apportées. On prépare ensuite un cahier de demandes et on le présente aux membres. Encore là, il y a un vote. Encore là, c'est démocratique. En outre, chose bien importante, on demande aux membres de prioriser les demandes. On leur demande ce qui est le plus important pour eux et que si on n'obtient pas telle ou telle chose, que vont-ils en penser. Ainsi, en allant en négociation, on connaît à l'avance les priorités des gens. On va ensuite négocier les priorités en sachant ce que les membres accepteraient ou non.

Les conservateurs nous accusent aussi régulièrement de nuire aux gens ordinaire et aux petites entreprises en s'opposant à l'imposition d'un retour au travail. Clarifions la situation encore une fois. Des employés étaient en grève tournante. Il y avait toujours du courrier qui était livré. Des employés étaient prêts à livrer les chèques aux retraités et aux gens qui ont besoin de l'aide sociale. Encore là, le courrier aurait été livré. Cependant, l'employeur a décrété un lock-out. Il n'y avait plus de courrier qui était livré. Ce ne sont pas les employés qui empêchent le courrier d'être livré, c'est l'employeur. Les employés ont même dit qu'ils retourneraient au travail si le lock-out était levé.

J'aimerais maintenant parler de quelques demandes. Postes Canada veut que certaines conditions de travail soient différentes pour les nouveaux employés. Par exemple, quelqu'un qui va être embauché le mois prochain fera 18 p. 100 de moins que quelqu'un qui l'a été le mois dernier.

Je travaille à un endroit. La personne à mes côtés fait la même chose que moi.

J'ai été engagée au mois de juillet et l'autre au mois de mai ou juin. Je gagne 82 p. 100 de son salaire pour faire exactement le même travail et j'ai un ou deux mois d'ancienneté de moins seulement. Cette situation est discriminatoire et injuste.

En outre, souvent, les nouveaux employés sont des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. C'est déjà difficile pour les jeunes de faire vivre leur famille, mais cela va devenir encore plus difficile.

Parlons maintenant des hausses de salaire. Postes Canada a offert 1,9 p. 100, 1,9 p. 100, 1,9 p. 100, 2 p. 100. Le gouvernement a abaissé ce taux à 1,75 p. 100, 1,5 p. 100, 2 p. 100 et 2 p. 100. Pendant ce temps, entre 1997 et 2010, le salaire du PDG augmentait,en moyenne, entre 1997 et 2010, de 2,2 p. 100, et si on inclut sa prime de rendement, cela se chiffre à 3,8 p. 100 sur un salaire de 600 000 $, ce qui est pas mal plus d'argent que 1,5 p. 100 ou 2 p. 100 sur un salaire de 35 000 $ ou 40 000 $ par année, soit dit en passant. Il y a donc là de grandes injustices.

On est devant un gouvernement qui utilise sa majorité, à mon avis, à des fins disgracieuses. C'est pour cette raison que les députés du NPD ont décidé de passer la nuit en cette Chambre et que ceux du Québec ne sont pas avec les gens de leur circonscription pour célébrer la fête nationale. On a des principes et on va les défendre jusqu'au bout.

M. Claude Gravelle (Nickel Belt, NPD): Monsieur le Président, j'aimerais remercier la députée d'Hochelaga pour le discours presque parfait qu'elle a tenu ici, aujourd'hui.

On entend souvent les députés du gouvernement dire que les petites entreprises sont en train de souffrir à cause du lock-out. J'aimerais que la député d'Hochelaga me dise ce que le gouvernement pourrait faire pour empêcher les petites entreprises de souffrir à cause de ce lock-out.

Mme Marjolaine Boutin-Sweet: Monsieur le Président, je remercie de sa question mon collègue. La réponse est très simple. C'est la réponse que je vais donner à n'importe qui du gouvernement qui va me poser des questions semblables.

On enlève le cadenas tout de suite. Les chèques et les factures peuvent être livrés. Les gens peuvent recevoir les documents dont ils ont besoin et tout se règle. C'est de cette façon qu'on pourrait aider les petites entreprises: en décadenassant tout de suite.

L'hon. Leona Aglukkaq (ministre de la Santé et ministre de l'Agence canadienne de développement économique du Nord, PCC): Monsieur le président, la députée a parlé de gens ordinaires qui vivent sous le seuil de la pauvreté. La députée devrait savoir que le lock-out et le temps que nous mettons à adopter le projet de loi de reprise du travail causent des problèmes qui touchent directement beaucoup de personnes qui vivent dans des collectivités isolées du Labrador, de la région Makivik du Québec, de Kuujjuaq, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest. Beaucoup de personnes âgées attendent leurs chèques de pension pour pouvoir acheter de la nourriture. D'autres citoyens comptent sur Postes Canada pour expédier leurs produits, que ce soit du lait, des couches, etc.

Comment la députée peut expliquer aux personnes qui dépendent de Postes Canada pour recevoir ce qui leur permet d'assurer leur subsistance, que l'on mette tant de temps à adopter le projet de loi prévoyant la reprise du travail?

Que dit la députée aux personnes qui vivent dans ces collectivités du Canada?

Mme Marjolaine Boutin-Sweet: Monsieur le Président, je l'ai déjà dit et je le répète. Lors des grèves tournantes, il y avait du courrier qui était distribué. Au sujet des grèves tournantes et des grèves en général, les postiers étaient encore prêts à livrer les chèques aux retraités et aux prestataires d'assistance sociale.

Maintenant, compte tenu du lock-out, il n'y a pas de courrier du tout. Je dirais donc aux gens du Nord, entre autres, de demander au gouvernement d'enlever le cadenas, comme je viens de le dire. C'est très, très simple.

Mme Cathy McLeod (secrétaire parlementaire de la ministre du Revenu national, PCC): Monsieur le Président, tout d'abord, je remercie le personnel de mon bureau qui reçoit de nombreux appels et courriels de personnes qui sont fort inquiètes. Je crois que l'opposition s'efforce de minimiser l'impact qu'ont eu les grèves tournantes. J'ai ici un assez long courriel, que je ne lirai pas aux fins du compte rendu. Néanmoins, je crois que vous devez reconnaître que lorsqu'on craint que le courrier ne soit pas livré, cela à une incidence sur les entreprises, les factures et les dons de charité, il n'y a donc pas vraiment de différence entre une grève tournante et une grève générale.

J'aimerais que la députée reconnaisse que les grèves tournantes peuvent avoir des répercussions fort importantes sur les entreprises, notamment les petites, ainsi que sur les oeuvres de charité, et qu'il est inexact de dire que celles-ci ont été sans impact et sans importance.

Mme Marjolaine Boutin-Sweet: Les postiers ont déjà dit que si on enlevait le cadenas, ils retourneraient tout de suite au travail. Alors, ce serait la solution. C'est toujours la même réponse aux mêmes questions.

M. Jamie Nicholls (Vaudreuil-Soulanges, NPD): Monsieur le Président, j'aimerais demander à mon honorable collègue si le premier ministre manque de respect en choisissant d'être à Thetford Mines pour fêter la fête nationale et l'amiante aujourd'hui — un choix clairement partisan —, au lieu d'être ici à Ottawa pour défendre son propre projet de loi.

Mme Marjolaine Boutin-Sweet: Je viens de l'apprendre. C'est très surprenant. C'est très choquant, d'autant plus que je ne peux pas être dans ma circonscription où la parade de Montréal passait aujourd'hui. Je trouve que c'est très, très dommage.