Flaherty songe à privatiser la SCHL

Le Devoir, le 23 octobre 2012

En collaboration avec La Presse canadienne

Toronto — Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, envisage de privatiser la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) d’ici cinq à dix ans, rapportait lundi le Globe and Mail. Le ministre voudrait qu’Ottawa se désengage complètement du marché de l’assurance hypothécaire.

Dans une entrevue accordée au quotidien torontois, M. Flaherty dit avoir tenté de modifier le marché hypothécaire canadien pour éviter l’éclatement d’une bulle.

Le ministre explique également qu’il voulait réduire la part de risque à laquelle étaient exposés les contribuables canadiens par l’entremise de la SCHL, qui domine le marché de l’assurance hypothécaire. La privatisation de la société de la Couronne serait un pas dans cette direction, indique le Globe, même si certains économistes s’interrogent sur l’utilité de l’abandon par Ottawa d’un tel levier sur le marché immobilier.

Pour l’opposition à Ottawa, la privatisation de la SCHL serait une grave erreur. La porte-parole du NPD en matière de logement, Marjolaine Boutin-Sweet, invite le ministre des Finances à renoncer à cette idée. « Ce que le ministre souhaite faire, c’est abandonner le meilleur outil que les Canadiens ont à leur disposition pour assurer la confiance et la stabilité du marché immobilier au pays », affirme la députée néodémocrate. Selon elle, le gouvernement devrait tirer des leçons de ce qui est arrivé à Fannie Mae et Freddie Mac aux États-Unis: « Quand on crée des organisations trop grosses, l’on ne peut se permettre qu’elles échouent. Si la SCHL, une fois privatisée, se plante, c’est le gouvernement qui devra récupérer les pots cassés. Nous n’avons pas les moyens de nous payer une telle catastrophe. »

La députée estime que le ministre des Finances se trompe s’il croit que la privatisation de la SCHL va soulager l’endettement grandissant des ménages canadiens. « L’intérêt premier des compagnies privées est de faire du profit, pas de venir en aide aux gens pour les aider à trouver des solutions aux problèmes en matière d’habitation. »

M. Flaherty a déjà agi à quatre reprises pour restreindre les conditions d’accessibilité à la propriété, resserrant les normes hypothécaires en réduisant par exemple l’étalement maximal des prêts de 30 à 25 ans.

Des économistes craignent toutefois que ces modifications n’aient pas d’impact suffisant à long terme et, puisqu’il semble de plus en plus probable que les taux d’intérêt demeureront bas pendant longtemps, ils sont persuadés que l’accroissement de l’endettement hypothécaire des ménages reprendra bientôt sa course.