Discours sur l'égalité des sexes à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe

Il me fait plaisir aujourd'hui, M. le Président, de représenter le Canada dans ce débat important.

Le rapport de Mme Quintanilla affirme, avec raison, que des changements profonds de mentalité sont essentiels pour combattre les stéréotypes sexistes reliés au travail. La coresponsabilité des partenaires au sein de la famille ainsi que des congés parentaux utilisés autant par les pères que les mères sont certainement des moyens d’amener des changements de mentalité. Mais lorsqu’un couple décide qui des deux parents prendra le congé parental, la décision est souvent basée sur le salaire respectif des conjoints.

Or, des études démontrent bien qu’il existe un écart entre la rémunération des femmes et des hommes, et que cet écart est en partie dû à la discrimination systémique fondée sur le sexe. Il y a quelques décennies, c’était l’homme qui assurait le soutien financier de la plupart des familles. Quelques femmes travaillaient, mais leur salaire était plutôt considéré comme un revenu d’appoint. Résultat : l’évaluation des emplois se fait encore aujourd'hui généralement sur la base des compétences plutôt masculines, comme la force physique, par exemple. Par le fait même, les compétences jugées plutôt féminines sont moins valorisées lorsqu’on évalue les tâches d’un poste. C’est ce qui fait qu’un poste de secrétaire soit moins bien rémunéré qu’un poste de technicien. Qu’un gardien de parc zoologique reçoive un plus gros salaire que les femmes qui gardent nos enfants. Il semble donc évident que si on veut pleine et égale participation des femmes sur le marché du travail il faut éliminer cette disparité salariale systémique.

Certains états de l’Union européenne ont déjà implanté des mesures pour contrer la disparité salariale entre hommes et femmes. Mais malgré ça, l’écart tourne toujours en moyenne autour de 17-18%.

En 1996, la province canadienne du Québec a adopté la Loi sur l’équité salariale qui s’applique aux travailleuses et travailleurs régis par le Code du travail du Québec, loi qui, nous l'espérons pourrait aussi être adoptée au niveau fédéral. Parmi les éléments importants de cette loi, 4 facteurs d’évaluation des postes ont pour but d'en arriver à un salaire égal pour un travail de valeur égale ou équivalente, peu importe le poste. Le facteur «effort», par exemple, valorise la concentration tout autant que l'effort physique. Un autre élément important de la loi est le maintien de l’équité : une réévaluation doit être faite aux 5 ans pour s’assurer que les hausses de salaire n’ont pas mené à un déséquilibre de l’équité. Et finalement, une Commission agit comme agent d’information, offre des outils, et agit aussi comme tribunal lors de mésententes.

En conclusion, l'équité salariale, est à mon humble avis, tout aussi importante que les congés parentaux pour modifier les habitudes et amener des changements profonds dans la façon de voir le rôle des femmes et des hommes sur le marché du travail. L'exemple canadien de la province de Québec semble démontrer que pour arriver à ce résultat éventuel, une loi comportant des paramètres bien définis, des moyens de vérification, et un système pour la résolution de conflits sont essentiels.

 

Discours présenté à Strasbourg (France) le 25 janvier 2013 dans le cadre de la présentation sur l’"Égalité des sexes, conciliation vie personnelle-vie professionnelle et coresponsabilité" par la rapporteure Mme Carmen Quintanilla (Espagne, Groupe du Parti populaire européen).