Discours sur la traite des travailleurs migrants à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Monsieur le Président,

Je suis heureuse de prendre la parole sur cette question et de présenter un point de vue trop peu exprimé lorsqu’il est question des formes de traite de personnes. Mon intervention porte principalement sur les obstacles à l’immigration et à l’intégration des immigrants imposés par les gouvernements de pays qui sont des destinations de prédilection, y compris le mien.

Pour combattre la traite des personnes, il faut remonter à la racine du problème, soit les distances que les travailleurs du monde entier sont prêts à parcourir pour obtenir un emploi stable à un salaire qui leur procurera un niveau de vie adéquat. Néanmoins, malgré le besoin de main-d’œuvre dans nombre d’économies avancées, les gouvernements continuent de dresser des obstacles majeurs devant les travailleurs qui déménagent vers des pays où ils pourront trouver un emploi stable. Résultat : ces travailleurs mettront leur vie en danger et débourseront des sommes considérables, qu’ils devront rembourser pendant plusieurs années à leurs trafiquants, leurs agents de travail et toute autre personne qui facilite le trafic d’êtres humains.

Dans mon pays, nos politiques pourraient possiblement avoir des effets imprévus en créant des conditions facilitant la traite des travailleurs : nous imposons des conditions strictes à certaines catégories de travailleurs, à savoir les travailleurs temporaires, limitant ainsi leur liberté financière et leur liberté de mouvement.

Tout d’abord, le Canada permet aux travailleurs d’entrer au pays pour de courtes périodes et de travailler dans des secteurs économiques précis. Des visas sont délivrés pour des durées variables. Dans certains cas, les travailleurs peuvent être admissibles à un statut de résident permanent, mais encore là, les critères d’admissibilité diffèrent en fonction du métier ou du niveau de compétences.

 Par exemple, dans le secteur agricole, les visas ne sont valides que pour une durée de huit mois, et pour effectuer un travail précis chez un employeur précis.

Il existe un programme spécial d’aide familiale auprès des enfants, des aînés ou des personnes handicapées. Des permis de travail peuvent être accordés pour une période d’au plus trois ans et trois mois. Les aides familiales doivent vivre au sein même de la famille pour laquelle elles travaillent. Si l’aide familiale souhaite changer d’employeur, elle doit présenter une nouvelle demande de permis. Nos lois en matière d’immigration prévoient qu’une aide familiale peut soumettre une demande de statut de résident permanent après avoir travaillé un total de 24 mois sur 36. Le recours au Programme des travailleurs étrangers temporaires a fortement augmenté au Canada, tandis que le nombre d’immigrants acceptés au pays est resté généralement stable. En 2011, plus de 190 000 personnes sont arrivées au  Canada comme travailleurs étrangers temporaires., En 2006, le nombre était 112,000. Comparez ces données à celles des arrivants au Canada par la filière normale de l’immigration. En 2011, plus de 248 000 étrangers ont été admis au Canada, une baisse de 5 % par rapport à 2005.

L’expérience des immigrants à la recherche d’une vie meilleure devrait servir à nous rappeler qu’il faut s’attaquer à la traite des personnes d’abord en permettant aux migrants de participer pleinement à la vie économique de nos pays en éliminant les obstacles à leur intégration.

 

Discours présenté à Strasbourg (France) le 25 janvier 2013 dans le cadre de la présentation sur "La traite des travailleurs migrants à des fins de travail forcé" par la rapporteure Mme Annette Groth (Allemagne, Groupe pour la gauche unitaire européenne