Discours sur la motion de l’opposition NPD sur l'Assurance-emploi

Texte de la motion :

Que cette Chambre demande au gouvernement d’annuler les changements dévastateurs qu’il a apportés au programme d'assurance-emploi qui ont pour effet de réduire l’accès aux prestations, de faire baisser les salaires, de pousser les Canadiens vulnérables vers la pauvreté et de transférer aux provinces des coûts supplémentaires; et qu'elle lui demande de rétablir le projet pilote des cinq semaines supplémentaires pour éviter le « trou noir » de l’insécurité financière auquel font face les travailleurs des industries saisonnières et les économies régionales qui dépendent d'eux.

Mme Marjolaine Boutin-Sweet : Monsieur le Président, je me lève en cette Chambre aujourd’hui pour prendre la parole en faveur de la motion déposée par ma collègue députée de Charlesbourg—Haute-Saint-Charles, porte-parole de l’opposition officielle néodémocrate en matière d’Assurance-emploi.

Plusieurs de mes collègues issus de différentes régions du Québec et du Canada prendront aujourd’hui la parole sur le sujet de cette motion. Je me joins aujourd’hui à eux pour souligner que les effets néfastes de la réforme conservatrice de l’assurance-emploi se font aussi sentir à Montréal.

Depuis les compressions annoncées par les conservateurs et leur entrée en vigueur le mois dernier, j’ai reçu des centaines de commentaires de résidants de ma circonscription de Hochelaga. Chez nous, on trouve inacceptable cette réforme, qui compromet le bien-être de la communauté déjà fortement affectée par le chômage et les annonces de fermetures d’usines.

Dans les deux prochaines années, plusieurs autres centaines d’emplois bien rémunérés seront notamment perdus lors de la fermeture de l’usine Mabe.

Qu’est-ce que la ministre va dire à ces travailleurs et travailleuses spécialisés et bien payés de l’Est de Montréal : de partir de Montréal pour aller se trouver un emploi à Fort McMurray ou d’accepter un emploi chez Tim Horton’s?

Les changements apportés à la Loi sur l’assurance-emploi ne tiennent pas compte des réalités des marchés de l’emploi régionaux et des industries saisonnières. Ils nuisent aux travailleurs et aux communautés.

Bien que ce ne soit pas au même niveau que les citoyens des circonscriptions de l’Est ou du nord du Québec, Hochelaga a aussi ses chauffeurs d’autobus, ses enseignants occasionnels, ses travailleurs de la construction, ses travailleurs de services de garde ou ses employés du Jardin Botanique qui travaillent de façon saisonnière et qui sont visés par la réforme conservatrice, en tant que prestataires « fréquents ».

Montréal regorge aussi de travailleurs de l’industrie touristique et de musées, qui seront dorénavant considérés comme des prestataires fréquents, avec les conséquences qui s’y rapportent. En effet, ces travailleurs, qui ont la plupart du temps demandé plus de trois fois des prestations d’assurance-emploi et qui en ont touché pendant plus de 60 semaines au cours des cinq dernières années, auront à chercher un emploi similaire dont le salaire correspond à 80 % de leur salaire antérieur. Au bout de 6 semaines de prestations, ils devront accepter tout travail pour lequel ils sont qualifiés, dont le salaire correspond à 70 % de leur salaire antérieur.

Or, même si la réforme s’attaque plus durement aux prestataires fréquents, tous les travailleurs sont visés :

  • En imposant à tous les chômeurs l’obligation d’accepter un emploi moins bien rémunéré que leur emploi précédent, le gouvernement exerce une pression à la baisse sur les salaires, ce qui aura un effet néfaste sur toute l’économie du pays.
  • En exigeant des chômeurs qu’ils acceptent un emploi loin de leur domicile, les conservateurs leur demandent de faire un choix entre faire de longues distances pour aller travailler ou perdre leurs prestations.

Maintenant, allez demander à un chômeur qui n’a déjà pas les moyens de se payer une voiture de s’en acheter une pour aller travailler loin de chez lui alors qu’on lui impose aussi une réduction de salaire. Il y a quelque chose d’illogique là-dedans, Monsieur le Président! Le véritable problème, c’est qu’il n’y a pas assez d’emplois.

Pas plus tard qu’hier, en réponse à la question de ma collègue de Parkdale—High Park sur l’augmentation des inégalités sociales au Canada et notre mauvais rendement en ce qui concerne la lutte à la pauvreté, la ministre des Ressources humaines mentionnait que « le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté est de créer des emplois et d'avoir des gens avec les compétences pour ces emplois. » Eh bien, c’est le genre de chose que les ministres du gouvernement devraient vraiment éviter de dire pour cacher leur propre incompétence, parce qu’il y a aujourd’hui au Canada, 300 000 chômeurs de plus que lors de la récession de 2008.

Les conservateurs essaient de nous faire croire qu’ils ont créé un nombre incalculable de nouveaux emplois. Mais les faits parlent d’eux-mêmes : il y a aujourd’hui plus de 1,4 million de Canadiens sans emploi pour environ 270 000 emplois disponibles, donc 5 chômeurs pour chaque emploi. 14,1 % des Canadiens âgés de 15 à 25 ans sont au chômage. Et ce qu’on constate aussi, c’est qu’à l’heure actuelle, seulement 4 chômeurs sur 10 reçoivent des prestations d’assurance-emploi, ce qui constitue un creux historique, pire que ce qu’on fait les gouvernements Mulroney, Chrétien et Martin, pourtant champions incontestés du saccage du régime d’assurance-chômage, de son détournement et du vol de la caisse... C’est inacceptable!

Monsieur le Président, quoique la ministre essaie de nous faire croire sur les modifications apportées par les conservateurs dans leurs projets de loi mammouths, qu’on se comprenne bien : quand on resserre les règles d’admissibilité aux prestations d’assurance-emploi en forçant les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, qu’il soit éloigné de leur domicile ou moins bien rémunéré que leur emploi précédent… Eh bien, Monsieur le Président, on appelle ça une réforme!

Mais comme si tout cela n’était pas assez, on apprenait, pas plus tard que vendredi dernier, le 1er février, que les enquêteurs de Service Canada se voyaient imposés des quotas pour couper des prestations d’assurance-emploi. Cette journée-là, j’ai questionné la ministre des Ressources humaines en cette Chambre, en lui rappelant que les fonctionnaires de Service Canada sont là pour venir en aide aux demandeurs et non pour les traquer comme des criminels. Tout ce que la ministre a trouvé à me répondre, c’est, et je cite : « Quant au système d'assurance-emploi, il est très important de noter que le NPD appuie encore une fois — ce qu'on appelle en anglais — les bad guys. », fin de la citation.

Alors, si j’ai bien compris la ministre, quand on lui demande d’arrêter de traiter les chômeurs comme des criminels et de présumer qu’ils sont des fraudeurs afin de faire de la récupération sur leur dos et sur celui de leur famille, en imposant des quotas aux enquêteurs de Service Canada, on ne trouve à nous répondre : « que le NPD défend les « bad guys » »???

Je vais donc profiter de l’occasion pour rappeler à la ministre ce qui suit : Le NPD sera toujours là pour défendre les familles canadiennes et pour s’opposer aux politiques conservatrices, qui créent plus de personnes dans le besoin qu’elles en aident, en détruisant le filet social que nous nous sommes donné.

Monsieur le Président, la réponse de la ministre démontre toute l’arrogance des conservateurs et le manque de respect du gouvernement pour les chômeurs et les travailleurs. Leurs réformes punitives démontrent clairement la perception négative et stéréotypée qu’ont les conservateurs des bénéficiaires de l’assurance-emploi. Mais ce n’est pas tout! Questionnée par la suite par des journalistes au sujet des quotas de coupures de prestations données aux enquêteurs, la ministre a rétorqué qu’il n’existait pas de quota, mais qu’il s’agissait plutôt « d’objectifs ».

Est-ce que quelqu’un, en cette Chambre, voit vraiment une différence entre un quota et un objectif de coupure? Parce que moi, Monsieur le Président, j’ai eu beau y penser toute la fin de semaine et je n’en vois pas. On joue avec les mots!

Une autre chose inquiétante, mais qui devient de plus en plus une habitude pour ce gouvernement, c’est de refiler la facture aux provinces. En effet, même si l’assurance-emploi est une compétence du Parlement fédéral, les régimes d’indemnisation de dernier recours, eux, sont sous la responsabilité des provinces. Et qu’arrive-t-il lorsque le gouvernement fédéral restreint l’admissibilité à l’assurance-emploi, en imposant aux chômeurs des conditions démesurées pour maintenir leurs prestations et en imposant des quotas de coupures aux enquêteurs de Service Canada? Eh bien, Monsieur le Président, ce sont les provinces qui se retrouvent à payer la note. Après sa loi omnibus de réforme du Code criminel, après son refus de s’engager à renouveler les ententes à long terme pour le logement social, c’est maintenant par son refus d’indemniser le chômage qu’il a lui-même créé, que le gouvernement refile la facture aux provinces.

Monsieur le président, je ne le répéterai jamais assez souvent : l’assurance-emploi est une assurance de laquelle les travailleurs et les travailleuses doivent pouvoir se prévaloir en cas de perte d’emploi. C’est un filet social que les travailleurs et les entreprises ont payé. L’argent de la caisse d’assurance-emploi ce n’est pas l’argent du gouvernement!

J’invite les députés de cette chambre à voter en faveur de la motion de ma collègue de Charlesbourg—Haute-Saint-Charles, en espérant que le gouvernement entendra finalement raison sur sa gestion de ce dossier. Dans le cas contraire, c’est le NPD annulera ces réformes insensibles de l’assurance-emploi imposées par le gouvernement conservateur, en 2015, lorsqu’il aura mis les conservateurs… au chômage!

Merci Monsieur le Président.