Discours // Stratégie nationale sur la réduction de la pauvreté au Canada

Madame la Présidente, c'est important pour moi d'appuyer le projet de loi C-245 Loi concernant l'élaboration d'une stratégie nationale sur la réduction de la pauvreté au Canada.

Je remercie profondément ma collègue de Saint-Hyacinthe—Bagot d'avoir repris le flambeau que le Nouveau Parti démocratique porte depuis déjà plusieurs années. La lutte contre la pauvreté est un enjeu qui m'est très cher, comme il l'est pour elle et pour l'ensemble du caucus néo-démocrate. Je siège d'ailleurs au comité multipartite antipauvreté.

Cet enjeu ne date pas d'hier. Déjà, en 1989, le chef du NPD, Ed Broadbent, a déposé la motion qui visait à enrayer la pauvreté chez les enfants canadiens, avant l'année 2000, et qui a été adoptée à l'unanimité à la Chambre. Force est toutefois de constater que les conservateurs et les libéraux qui se sont partagé le pouvoir presque également depuis lors, n'ont pas pris les moyens nécessaires pour éradiquer ce fléau. Dans ma circonscription, Hochelaga, on n'a qu'à marcher dans les rues Ontario et Saint-Catherine pour s'en rendre compte. La pauvreté y est bien réelle.

Le présent projet de loi a été déposé dans un premier temps par le néo-démocrate Tony Martin. Plus tard, ma collègue britanno-colombienne Jean Crowder lui a succédé. C'est maintenant la députée de Saint-Hyacinthe—Bagot qui porte le flambeau. J'espère, du fond de mon coeur, que cette fois-ci ce sera la bonne.

Il serait difficile de croire que les députés du Parti libéral s'opposeraient à un tel projet de loi, étant donné qu'ils ont tellement fait de promesses en ce sens lors de la dernière campagne électorale. Le premier ministre est même venu dans ma circonscription pour « stager » une annonce dans laquelle il promettait de sortir de la pauvreté l'équivalent d'un stade olympique rempli d'enfants. Avec ce projet de loi, les néo-démocrates lui tendent donc la main, pour qu'il puisse enfin passer de la parole aux actes. Vingt-sept ans après que la Chambre a voté unanimement en faveur de l'élimination de la pauvreté au Canada, il est plus que temps.

Ce projet de loi a pour objectif de mettre en place une véritable stratégie de réduction de la pauvreté qui prendrait en compte les besoins de toutes les communautés, en analysant tous les facteurs et indicateurs de la pauvreté. Il est appuyé par de nombreux groupes communautaires et d'organismes qui réclament depuis fort longtemps une stratégie globale et concertée de réduction, voire d'élimination de la pauvreté.

L'objectif de ce projet de loi est donc de contribuer à l'élimination de la pauvreté et de favoriser l'inclusion sociale. Pour ce faire, il établirait et mettrait en oeuvre une stratégie de réduction de la pauvreté qui veillerait à ce que le gouvernement prenne des mesures concrètes pour réduire la pauvreté au Canada, en collaboration avec les provinces et territoires, les municipalités, les fournisseurs de services et les autres intervenants.

Il est à noter que six provinces canadiennes ont déjà adopté des lois similaires. Il est donc très important de les impliquer dans le processus.

Ce projet de loi créerait un commissariat à la réduction de la pauvreté, doté d'une équipe et d'un budget, qui ferait rapport chaque année à la Chambre des communes. Il nommerait aussi un conseil national de l'élimination de la pauvreté et de l'inclusion sociale qui serait chargé de trouver des solutions efficaces et viables, dans le but d'aider le Canada à éliminer la pauvreté.

Sur le plan des mesures concrètes, le gouvernement serait forcé de renforcer le filet de sécurité sociale et économique et de ne laisser ainsi personne pour compte. Rappelons que la Charte canadienne des droits et libertés donne à toute personne le droit à la dignité et qu'il est de la responsabilité du gouvernement de la rendre effective.

Certains de mes collègues d'autres formations politiques semblent nerveux, quand nous parlons de renforcer le tissu social, soit parce qu'il s'agirait d'une augmentation des dépenses, soit par pur aveuglement idéologique. Alors, aux partisans de l'austérité et aux économistes de l'âge de pierre, je dirais que plusieurs chiffres apparaissant dans la colonne des dépenses budgétaires devraient être considérées comme des investissements et que la pauvreté nuit au développement économique et social de notre société.

Par exemple, de plus en plus d'études démontrent que le financement du logement et de la lutte contre l'itinérance constitue beaucoup plus que de simples dépenses, mais qu'il s'agit, bien au contraire, d'investissements, tant du point de vue économique que social.

ainsi, l'"Étude d'impacts des activités de la Société d'habitation du Québec" estime que chaque dollar investi dans ses programmes et dans ses travaux de remplacement, d'amélioration et de modernisation des HLM publics a permis d'injecter 2,30 $ dans l'économie québécoise, majoritairement dans le secteur de la construction résidentielle. Évidemment, c'est sans compter les répercussions sociales qui génèrent d'autres économies.

Il est aussi maintenant acquis qu'il en coûte plus cher à l'économie canadienne d'ignorer les problèmes de logement et d'itinérance qu'il n'en coûterait de les résoudre. Les estimations les plus conservatrices révèlent que l'itinérance coûterait près de 4,5 milliards de dollars par année à l'économie canadienne. D'autres études vont même jusqu'à estimer à 7 milliards de dollars les coûts de l'itinérance au pays. Éradiquer l'itinérance et la pauvreté représenterait en fait pour le gouvernement un investissement raisonné. Les personnes qui en sont victimes sont plus exposées aux problèmes de santé physiques et mentaux et sont donc plus susceptibles, de façon supérieure à la moyenne, de fréquenter les milieux hospitaliers et carcéraux, ce qui engendre des coûts importants pour l'État. C'est donc beaucoup plus cela qui devrait rendre nerveux certains de mes collègues, plutôt que le simple fait d'investir pour éliminer la pauvreté et l'itinérance.

En guise de comparaison, il en coûte mensuellement 10 900 $ pour loger une personne dans une chambre d'hôpital, 4 333 $ pour la loger dans une prison provinciale et 1 932 $ pour la loger dans un refuge. Ces coûts sont exorbitants si on les compare aux 701 $ qu'il en coûte en moyenne pour octroyer un supplément de loyer et aux 199,92 $ qu'il en coûte pour un logement social. Quand va-t-on commencer à investir dans l'économie canadienne en créant un chantier de construction de nouveaux logements sociaux? Ce projet de loi viserait aussi à assurer l'accès à un logement abordable, sûr et adéquat pour tous.

Évidemment, en tant que porte-parole du NPD en matière de logement, cet aspect du projet de loi m'interpelle particulièrement, puisqu'il fait écho à mon projet de loi C-265, déposé le 3 avril 2016. La Loi visant à assurer aux Canadiens un logement sûr, adéquat, accessible et abordable a notamment pour but de mettre en place une véritable stratégie pancanadienne en matière de logement, en partenariat avec les élus des autres ordres de gouvernement et les intervenants du milieu du logement, ainsi qu'en conformité avec les obligations internationales du Canada, qui a reconnu le droit de toute personne au logement lorsqu'il a ratifié, en 1976, le Pacte international relatif au droits économiques, sociaux et culturels.

J'aimerais dresser le portrait de la situation actuelle du logement au Canada. La Société canadienne d'hypothèques et de logement, la SCHL, considère qu'un logement n'est pas abordable lorsqu'un ménage y consacre plus de 30 % de ses revenus. Lorsqu'on examine certaines statistiques tirées de l'Enquête nationale auprès des ménages de 2011, on constate que 3,3 millions de ménages consacrent plus de 30 % de leurs revenus totaux aux coûts d'habitation.

Si on porte une attention plus particulière aux 4,1 millions de ménages locataires, on remarque que plus de 40 % d'entre eux affectent plus de 30 % de leurs revenus à leur loyer. Par ailleurs, 19 % d'entre eux y consacrent plus de 50 % de leurs revenus, tandis que 10 % d'entre eux y consacrent plus de 80 % de leurs revenus. II appert donc qu'une proportion beaucoup plus forte des ménages locataires canadiens dépassait le seuil d'abordabilité établi par la SCHL.

Conséquemment, les ménages en besoin impérieux de logement se retrouvent trop fréquemment confrontés à choisir entre les besoins essentiels qu'ils auront à combler. Dans un pays riche comme le nôtre, il est, selon nous, tout à fait inacceptable que l'on doive, par exemple, choisir entre payer l'épicerie ou payer son loyer.

Évidemment, la situation du logement au Canada a des répercussions encore plus poussées sur les personnes les plus vulnérables et vénérables de notre société. Ainsi, les familles monoparentales dirigées par une femme, les aînés vivant seuls, les ménages autochtones habitant dans une réserve ou hors réserve, les immigrants récents et les personnes vivant en situation de handicap sont parmi les populations les plus susceptibles d'être victimes de cette crise d'abordabilité.

En passant, ce projet de loi tiendrait aussi compte des besoins de toutes les communautés et introduirait la condition sociale à la liste des motifs de discrimination interdits. En ce qui concerne plus spécifiquement les membres des Premières Nations habitant dans les réserves, l'Enquête nationale auprès des ménages démontre que près de 40 % des logements, qui, rappelons-le, sont de la responsabilité du gouvernement fédéral, nécessitent des réparations majeures, alors que près de 35 % de ceux-ci ne sont pas adaptés à la taille de la famille. Dans certaines communautés inuites, la proportion des logements inadaptés à la grandeur des familles dépasse 50 %.

Il est grand temps que le Canada se dote d'une stratégie de lutte contre la pauvreté et qu'il se donne les moyens nécessaires à son élimination.