6 décembre 1989 : je me souviendrai

Il y a 25 ans, j’étais sidérée en regardant les nouvelles : quatorze femmes étaient mortes et plusieurs autres blessées, parce qu’elles étaient des femmes.

Pendant des années, j’ai porté le brassard blanc le jour du 6 décembre.

Il y a 3 ans, quelques mois après avoir été élue, j’ai nommé ces 14 femmes et décrit les circonstances de leur assassinat dans un discours à la Chambre des Communes pour essayer de faire comprendre aux conservateurs que ce n’est pas en rendant l’accès aux armes à feu plus facile qu’on évitera ce genre de tuerie dans le futur. Malgré ça, le registre des armes d’épaule a été aboli.

Et maintenant, le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile et député québécois, Steven Blaney, présente un nouveau projet de loi qui facilitera entre autres le transport des armes à feu. Les conservateurs disent vouloir « réduire le fardeau administratif des citoyens respectueux des lois », selon M. Blaney. Or, Marc Lépine semblait être un « citoyen respectueux des lois », jusqu’à ce qu’il fasse feu sur des étudiantes en génie et fauche plusieurs vies.

La journée d’aujourd’hui sera ponctuée de plusieurs activités : cérémonie, marche, vigile et spectacle commémorant cet anniversaire bouleversant. Aujourd’hui, en ce 6 décembre 2014, je porterai le ruban blanc dans les activités auxquelles je participerai avec mes collègues et des centaines de femmes et d’hommes. Il ne faut pas oublier les raisons qui font que ces 14 femmes ne sont plus avec nous. Il ne faut pas oublier non plus les 1200 femmes autochtones assassinées ou portées disparues depuis 30 ans.

Il faut rester uni-e-s et rappeler à tous que c’est en renforçant le contrôle des armes à feu qu’on peut aider à protéger des vies.

Je suis une femme, je suis une personnalité publique, je suis une cible. 

Je me souviendrai.

 

Marjolaine Boutin-Sweet

Députée, Hochelaga